Un sourire au bord des yeux (début) livre à paraitre

Publié le par Yaacov Ben Denoun Yarcov

La cicatrice avance, bleutée, vêtue de nuit.

Sinueuse, comme un serpent, immobile, qui attend son heure.

Le goût de la morsure, le goût de la douleur, irrésolue.

La cicatrice dans le cœur, permanente, présente.

Un pan de mémoire lacérée, incisée, les traces d'une blessure, profonde, incandescente, un repli de la peau, un battement de plus.

 

Et il reste du silence, qu'il faut briser, qu'il faut habiter.

Il reste une parole qu'il faut porter, apporter, offrir.

Les mots ne seraient que des mots sans le souffle de vie qui les habite. Ils ne sont pas désincarnés, désaérés. Ils portent le sens comme d'autres portent le désir.

Ils sont approximatifs, circonscrits, liés au temps, à l'évocation.

Mais les mots sont des richesses, des trésors de grandeur.

Les mots sont des chants, des sentiments, des aveux.

Ce qu'il faut de sourde résolution pour se décider à heurter ce silence, cette retenue rigide qui étouffe, qui prive d'air et de cette douce respiration d'ardeur qui gonfle les poitrines.

Il ne faut rien taire, se désembuer, rechercher l'espace jaillissant où la vie se cantonne.

 

La douleur est une cellule, l'obscurité du cachot. A cet emprisonnement on peut succomber, on peut même se dissoudre, et entraîner au passage toutes ces ferveurs que l'on enserre, que l'on attrape pour rester droit.

Il faut trouver un sens au vent, il faut y enfoncer son visage et se laisser guider. Surtout ne pas se figer, surtout ne pas refuser le monde, ses scintillements, ses faux semblants aussi, mais plus que tout ses émerveillements.

Chaque mot est une épreuve, une montagne à franchir.

Dire c'est s'exposer à gravir des sentiers escarpés, à renoncer à la marche, à se languir d'une faiblesse.

L'ascension est difficile. Mais il faut s'y résoudre, ne pas rester en repos.

Il faut faire miroiter la vie, en éclairer toutes les facettes.

Il faut poser un soleil sur de pauvres certitudes, sur des engagements, des ressentiments.

D'une flamme on peut faire un tison ou un astre lumineux.

Il s'agit de décider.

On peut perdre la flamme, l'envie ou la raison, ou répandre la splendeur.

Il s'agit de s'enraciner dans un vouloir, dans un dessein. Il suffit de prendre en main sa propre fragilité et d'en faire une force.

Le vent peut être une brise, une bourrasque ou un typhon.

 

Il faut dire mais il faut écouter, aussi.

Ecouter c'est se mettre en retrait, faire une place à l'autre, lui laisser un espace dans lequel il pourra se mouvoir.

Ecouter c'est ne pas s'entendre, rester disponible pour l'accueil de la parole de l'autre.

L'écoute est un partage, une main tendue, une main devenue libre.

Ecouter c'est embrasser, étreindre, entourer de son bras, tâtonner un chemin.

 

Porter le deuil c'est alors accepter le poids de l'absence mais ne pas s'incliner. Les contours de la douleur ne sont pas précis, limités. Ils ne s'incarnent ni dans le tracé, ni dans le temps.

Mais ce deuil n'occupe qu'un compartiment de la vie. Il ne doit pas déborder, faire de l'ombre à l'aspiration d'existence et de sérénité.

Dans la religion juive il n'y a pas de discontinuité entre la vie et la mort, entre la joie et la peine, entre l'affirmation et le déni.

La mémoire, seule, portera encore les traces cicatricielles de ce cri que l'on n'a pas pu retenir.

 

Pour Yohan, soldat de l'illusoire et du sublime, pour que vive son souvenir, voici quelques paroles, quelques bribes d'existence.

Témoigner c'est rendre compte, rendre des comptes, faire usage d'un levier pour des espérances à peindre, pour une éternité de la pensée fidèle.

Il n'y aura pas de mot fin au bas de cette page.

Nous laisserons les marques de l'étincelante blancheur, de la lumière d'en haut que nous envoie Yohan.

 

"Aujourd'hui je sais que c'est lui qui fait briller les étoiles" écrivait son jeune frère. Quelle belle célébration.

 

Sortez de vos maisons, sortez sur vos perrons et contemplez le ciel limpide dans la nuit revenue.

Regarder ces points lumineux, ces éclats de planètes qui nous parviennent. Tendez la tête, ployez les yeux, et fixez sans retard ces étoiles qui scintillent. Dites vous que Yohan, enfant des galaxies, est là qui vous regarde et vous demande d'aimer, de donner, de recevoir de l'amour, au nom d'Hachem Béni Soit-IL, qui lui a ouvert sa maison.

 

Que ces mots insuffisants, ces flammèches de tendresse, puissent apporter la consolation à sa famille.

Nous chanterons avec eux le futur des réjouissances.

 

 

 

 

"Il y a chez tout homme quelque chose de précieux et d'unique que l'on ne peut trouver chez personne d'autre."

Pinhas de Koritz

 

 

Arpentons notre époque, traversons des heures claires, le chemin est damé par la fidèle pensée.

Sergent Yohan, 22 ans, de Tel-Aviv, ne nous en veux pas d'approcher de ton être.

Tu es notre enfant, notre frère, l'ombre portée de nos désirs enfouis.

Un matin de clartés se lèvera demain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le sionisme

Le sionisme est un concept plus ancien qu'Herzl lui même.

Tout d'abord le sionisme a commencé avec Avraham Avinou

qui a quitté sa terre, sa famille, sa maison,

pour atteindre le pays qu'Hachem lui a promis.

"Le sionisme" la signification de ce mot est bien plus

profonde que simplement celle du retour à Sion.

Le sionisme c'est l'espoir, c'est le rêve, c'est le but.

Le sionisme c'est la paix, c'est le fait que le peuple juif aime et retourne

vers sa terre. C'est le commencement du sionisme.

Le peuple juif vit avec cet espoir et prie chaque année

au cours de la veillée du Séder de Pessah: "L'an prochain dans la  Jérusalem

reconstruite".

Mais que signifie le mot "reconstruite": ceci est très subjectif, mais pour moi, cela signifie achevé-parfait, et pour un croyant, "la Jérusalem reconstruite" c'est

la fin du sionisme, sa dernière étape. Le Messie

viendra quand tous les juifs seront en Erets Israël, alors il y aura l'amour

du pays.

En attendant les gens qui habitent en Erets Israël profitent

d'une vie meilleure. Alors, aussi longtemps qu'il y aura des gens

qui espèrent il y aura:

Le sionisme.

 

                                                             Yohan

Les mots tracent un chemin. Ils indiquent la direction, ils incarnent un idéal.

Ils sont escortés par la main de Yohan.

Il sont faits de l'embrasement du temps, ils sont vêtus des habits d'apparat de la langue sainte et charrient des siècles d'espérance, des torrents d'allégresse et de tragédie.

 

Le cœur à l'ouvrage, le désir de suivre le cours d'une émotion impétueuse, Yohan a forgé son destin. Il en a épousé les contours, en a accepté les défis, et n'a jamais renoncé.

Ce pays d'Israël ne vit que par l'engagement de ceux qui y résident. Il n'est dépendant que de la valeur ajoutée apportée par chaque enfant du sable et des collines.

Vouloir, c'est s'inscrire dans une continuité de désirs.

Initier, commencer, se résoudre, l'oiseau guette son envol.

Défendre, aimer, chercher le vent qui conduit aux horizons verdoyants, attendre l'hiver et cueillir le printemps, un jour vient l'heure de partir.

 

Yohann a pris la mesure d'une vie plus grande que lui parce qu'emplie de lumière, de la splendeur des justes.

 

Jeune soldat débutant Yohan a rédigé ces quelques lignes, comme l'ont fait tous les militaires appelés à servir, priés de définir les sinuosités de leur pensée.

Osnat a été sa monitrice durant les deux mois de sa formation "Nativ".

Elle témoigne:

" J'ai appris de lui plus que je ne lui ai appris…

Comment apprendre le sionisme au militaire le plus sioniste de l'armée Israélienne".

 

Il y a une complète adéquation entre la perception de Yohan et sa façon d'être perçu.

"Complet-parfait", ce concept qui concrétise la reconstruction de Jérusalem, peut être appliqué à Yohan.

La recherche de complétude, d'intégrité, d'une sereine résolution, il ne connaissait pas d'autre inclination pour son esprit.

 

Osnat évoque "le sourire" de Yohan.

Il est omniprésent, il irradie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fin août 2006, parmi les pierres, parmi les broussailles, parmi la terre d'un sud-Liban lieu de confrontation, de la lutte entre le bien et le mal, les soldats foulent le sol à la recherche des traces de combat. Ils emportent des douilles, des fragments d'uniformes, des équipements, des lettres, des images, des livres de prière.

Ils cherchent la vie, les signaux de vie, les traces d'une vie. Ils traquent les objets de la mémoire.

Près d'un talus, à quelques mètres d'une maison délabrée, dans la zone occidentale, ils trouvent un appareil de prise de vues. Ils le glissent dans un sac de toile.

Quelqu'un prendra l'initiative de développer les photos.

Et la vie soudain resurgit.

 

La lumière qui franchit la porte vitrée est trop forte, ce soleil est implacable.

La trame de cet instantané est imprécise, les contours sont flous, mais l'on devine l'essence même d'une indissoluble ténacité.

 

Yohan est debout, il fixe l'objectif, il envoie un message.

Il porte l'uniforme du soldat de combat, le gilet pare-balles, le treillis. Il est harnaché pour partir au combat.

Sa barbe est saillante, on perçoit la dureté de sa pilosité, la douceur presque enfantine de sa peau.

Il a terminé d'enrouler ses Téfilines, sur le bras, avec application. Il a fixé le boîtier sur sa tête, au bon endroit, selon la bonne inclinaison.

Il est prêt pour la prière.

 

Son ombre sur le mur le rejoint. Il resplendit.

Son regard est aigu, porteur d'étincelles.

Yohan parle avec les yeux, il s'adresse à nous.

Derrière une apparente malice se cache une parole qui se déploie.

Yohan nous appelle, nous aide à entrevoir le ciel des renaissances.

 

Ne désespérez pas, ne vous attristez pas, ne perdez pas courage!

Ce qui doit être fait se fera!

Qui décide, qui prévoit?

Personne.

Yohan ne connaît pas les silences. Il ne cherche pas à s'oublier, à oublier les autres.

Il attise, il suscite, il nous dit d'entreprendre, il nous dit de passer le gué, de ne pas attendre.

Il nous dit ce que nous ne voulons pas entendre.

 

Derrière lui, son fusil à viseur est posé le long d'un mur à peine enduit.

Pour traverser le temps, pour se situer dans l'au delà de la photo, il a choisi de déposer les armes, de lacer ses lanières et de se confier à nous.

Confier, confiance, il nous dit d'être confiants.

Il nous dit de ne pas pleurer.

 

Nous ne le pourrons pas et rien ne nous oblige.

Son sourire est léger, doux.

Il est omniprésent, il irradie.

 

Ainsi, Yohan ressemble à son père.

 

Il devient à son tour le père d'une multitude.

Sa vie était ardente, elle sera un engendrement.

 

 

 

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